Articles

HABIT VERT PALE EPISODE 20 ACCOUCHEMENT

HABIT VERT PALE EPISODE 20 ACCOUCHEMENT Toute ma vie, je devais me souvenir de cette première naissance. Ecartelée par des sortes d'étriers de fer, exposant son sexe à tous les vents, une femme poussait en émettant de longs meuglements de bête. Auprès d'elle, deux jolies sagefemmes vêtues de rose l'exhortaient avec énergie :   - Poussez, Madame, poussez encore, encore... Là, cessez, respirez ! A chaque effort, le sexe s'arrondissait, s'ouvrait sur une boule sombre, pleine de cheveux, qui repartait au profond du ventre lorsque la femme, soudain calmée entre deux contractions, cessait de bander ses muscles. Ce jeu continua de longs moments. Il y avait quelque chose de stupéfiant dans le contraste entre les cris douloureux de la période d'effort et l'accalmie soudaine. Un rythme épuisant, étonnant, fort comme une marée, comme le rythme des vagues, comme l'appel de la pleine lune. A chaque effort, la boule sombre apparaissait, ouvrant ...

HABIT VERT PALE EPISODE 19

DECOUVERTE DE L’ACCOUCHEMENT Encore un an de travail acharné, mais cette fois sur des dossiers connus, digérés, peaufinés. Et la préparation de l’oral, cette épreuve où l’on doit en 5 minute exposer l’essentiel d’une maladie. Pour bien nous exercer, le conférencier nous donne les sujets les plus abracadabrants : « Formes cliniques des chaises de cuisine », « Diagnostic différentiel entre un tilleul et un pommier ». Merci à lui, car, reçue à l’écrit, je tombe à l’oral de chirurgie sur une impasse (malheur aux impasses : n’en jamais faire) : « abcès sous phrénique ». Pendant les 15 minutes de préparation, je rassemble les éléments d’une suppuration profonde, fièvre, douleur, peu de signes cliniques… j’imagine les syndromes voisins : pancréatite, abcès du foie… Les complications possibles : péritonite, septicémie… Enfin la laparotomie qui confirme le diagnostic et traite : j’obtiens une excellente note. Un des membres d...

HABIT VERT PALE EPISODE 18

RHUMATOLOGIE Hiver 1957. Je suis externe en rhumatologie à l'hôpital Cochin ; La polyclinique de rhumatologie doit ses bâtiments modernes à l'engouement qui suivit l'apparition de la cortisone, ce médicament miracle de l'après-guerre. On a vite déchanté. Après une amélioration brillante mais passagère, la maladie rhumatismale reprend, figeant l'une après l'autre les articulations dans des attitudes grotesques. Les malades cortisoniques prennent du poids, leurs joues s'arrondissent, leur squelette perd son calcium. J’ai pour interne une femme de cinq ans plus âgée que moi, Yvonne Pérol, grasse et courte, l'œil noir brillant, catholique mariée à un cardiologue et déjà mère de trois enfants qu'elle élève on ne sait comment, passant ses journées à l'hôpital. Cette petite femme au visage rayonnant dégage une formidable impression d'énergie, de puissance. Elle me confie : - Après mon stage en rhumatologie, je pars à Claude-Bernard, l...